08.04.2013 | NFP 59

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Image: Logo du PNR59. www.nfp59.ch

Plantes génétiquement modifiées – risque zéro!

Tel est le message elliptique et tendancieux lancé en conclusion de la présentation du programme de recherche PNR 59 sur les opportunités et les risques de l'autorisation des plantes transgéniques; et les Académies suisses des sciences essaient désormais de délivrer le même message aux médias. A l'intérieur de la communauté scientifique, les opinions sont nettement plus partagées que ce que veulent bien laisser entendre les Académies.

Ce «risque nul» se heurte aux limites mêmes du programme de recherche PNR 59. En effet, ce dernier ne comporte pas un seul projet portant sur les risques pour la santé. Deux études bibliographiques auraient analysé plus de mille enquêtes réalisées dans le monde entier et seraient arrivées à la conclusion que les plantes génétiquement modifiées ne constitueraient en l'état actuel des connaissances aucune menace, ni pour la santé humaine, ni pour l'environnement, écrit le PNR 59. Urs Niggli, directeur de l'Institut de recherche de l'agriculture biologique (Fibl), lui-même membre du groupe d'accompagnement du PNR 59, a exprimé l'opinion suivante selon la radio DSR: «Il y avait un besoin pressant de présenter le génie génétique comme utile. L'étude bibliographique comprenait des connaissances scientifiques qui ne cadraient pas avec le tableau idyllique que l'on voulait brosser, et qui ont été systématiquement écartées comme insignifiantes.» Le service allemand d'information sur le génie génétique a critiqué le fait que les données qui se trouvaient à la base de l'étude bibliographique provenaient majoritairement de l'industrie du génie génétique ou d'institutions qui lui étaient affiliées.

Le climat régnant entre les chercheurs aurait été délétère, a écrit la WochenZeitung à l'époque, en citant l'un des chercheurs impliqué dans les essais de blé transgénique en plein air. Ce dernier aurait été très frustré par la présentation des résultats du PNR 59. «A la fin, le camp de ceux qui voulaient donner une recommandation claire en faveur des OGM, s'est emparé des commandes.»

La Commission fédérale d'éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (CENH), formée d'un groupe d'experts, fait également observer que, du point de vue de l'éthique du risque, «les résultats du PNR 59 ne permettent pas de tirer des conclusions définitives concernant les avantages et les risques des plantes OGM».

La conclusion du PNR 59 stipulant qu'une coexistence serait possible en Suisse est également douteuse. Le calcul des coûts, tel qu'il est présenté dans le PNR 59, dissimule les coûts découlant du contrôle et des processus de traitement séparés. En outre: le calcul de rentabilité du maïs repose sur une distance d'isolement de 150 mètres. Le scénario défavorable (300 mètres) n'a pas été inclus dans l'évaluation – justement parce qu'il aurait démenti la conclusion souhaitée.

L'article 7 de la loi sur le génie génétique stipule que les OGM, leurs métabolites et leurs déchets ne doivent pas porter atteinte au libre choix des consommateurs. En 2003 déjà, la CENH a déclaré que l'État avait le devoir de veiller à ce que des plantes non transgéniques restent disponibles sur le marché, même au cas où des plantes transgéniques seraient autorisées, mais n'était pas tenu de garantir l'accès à ces dernières.

Lettre de Paul Scherer, directeur du Groupe de travail suisse sur le génie génétique du 21mars 2013 à l'intention de la rédaction de la Basler Zeitung et en réponse à l'article „Das Gentech-Moratorium soll aufgehoben werden", demandant la levée du moratoire sur le génie génétique publié le 20.3.2013, par Michael Breu. SWISSAID est membre du Groupe de travail suisse sur le génie génétique et de son équivalent romand, StopOGM.