golden rice indien angepasst1 Le riz est la principale source de nourriture pour une large partie de la population indienne. Photo : fotolia

Le riz doré génétiquement modifié est souvent présenté comme un atout majeur pour lutter contre la carence en vitamine A dans le monde. Développé par l'ETH Zurich en collaboration avec Syngenta, il est censé offrir un apport accru en vitamine A aux personnes les plus pauvres qui ont un régime alimentaire peu diversifié, essentiellement basé sur le riz. Après des années de controverses et de critiques émanant aussi de petits exploitants de pays asiatiques, une équipe de chercheurs indiens vient de publier une étude sur l’utilisation du riz doré, qui soulève de sérieux doutes quant à sa capacité à combler efficacement les carences en vitamine A.

Dans leur étude, les scientifiques indiens se sont référés à la variante la plus récente de riz doré appelée GR2-R1, que Syngenta avait lancée en vue d’une utilisation dans les programmes publics de sélection. Selon le groupe, cette variante présente les caractéristiques génétiques les plus prometteuses pour augmenter la teneur en vitamine A. Son croisement avec la variété de riz indien à haut rendement Swarna a toutefois donné des résultats décevants. Le riz transgénique présente d'importants dégâts aux racines, des feuilles blanchies et des pousses latérales indésirables ; du coup, il n’atteint que la moitié de sa hauteur, fleurit plus tard dans l'année et son rendement est deux fois plus bas que celui de la variété conventionnelle. Dans l'ensemble, la récolte de riz doré a été de deux tiers inférieure à celle de la variété traditionnelle Swarna.

Grâce à une analyse d'ADN, les chercheurs ont pu tirer des conclusions sur les causes des anomalies survenues dans la croissance du riz doré. Certaines des mutations non prévues ont été provoquées par l’endommagement d’un gène conventionnel responsable de la production d’auxine, une hormone qui joue un rôle central dans le développement des racines et des pousses. La faiblesse de la croissance et la baisse de rendement s’expliquent quant à elles par l’une des enzymes génétiquement modifiées, qui n’a pas seulement agi dans les grains de la plante GM, comme supposé par les fabricants, mais aussi dans les feuilles, où elle a provoqué une diminution de la formation de chlorophylle.

Selon Jonathan Latham, directeur général du Bioscience Resource Project, les résultats de l’étude montrent clairement que les opposants au riz doré ont vu juste sur deux arguments avancés depuis longtemps : d'une part, l'ADN introduit artificiellement endommage la séquence génétique de la plante conventionnelle et, d'autre part, l'insertion de nouvelles propriétés déclenche des mutations imprévisibles dans le métabolisme de la plante. Ce qu’estiment un grand nombre de scientifiques se trouve ainsi confirmé : ce ne sont pas les modifications visées qui posent problème ou qui sont risquées, ce sont les mutations involontaires qui se manifestent dans la chaîne complexe des processus biochimiques.